Pourquoi ne serait-elle pas destinée à vivre ailleurs?
Pourquoi ne pas voir un peu plus de ce monde qu’elle avait trouvé si attrayant, et qu’elle se sentait, par ses aspirations, si éminemment propre à apprécier?
Québec avait été pour elle une merveille d’antiquité; mais l’Europe, mais Londres, Venise, Rome, ces villes infiniment plus anciennes et plus historiques, dont elle avait naguère si longuement causé avec Arbuton, pourquoi ne les verrait-elle pas?
A cette réflexion, Kitty eut, rapide comme l’éclair, la mauvaise pensée involontaire d’épouser Arbuton en vue d’un voyage de noces en Europe; et durant une seconde, elle mit de côté l’amour, les convenances et l’incompatibilité des traditions de Boston avec celles d’Eriécreek.
Mais elle rougit aussitôt de ce mauvais sentiment, et s’efforça d’y faire compensation en se disant mille choses à la louange d’Arbuton.
Elle se fit des reproches de l’avoir—comme il le lui avait prouvé la veille—méconnu et déprécié; elle semblait disposée maintenant à lui accorder même plus de magnanimité que n’en avaient montré ses généreuses paroles et sa conduite.
Ce serait odieusement reconnaître sa longanimité que de l’épouser par un sentiment d’ambition mondaine, un homme de sa noblesse de caractère méritant tout ce que peut donner l’amour le plus vrai.
Mais elle le respectait; elle le respectait pleinement et entièrement, et cela, elle pouvait au moins le lui avouer.
Les paroles avec lesquelles il avait, la veille, protesté de son amour revenaient sans cesse se mêler à sa rêverie.
S’il les lui répétait encore après l’avoir vue à Boston, dans le milieu où elle désirait être mise à l’épreuve... elle ne saurait que répondre.