XIII
L’ÉPREUVE
Ils n’avaient formé aucun projet pour le lendemain; mais après l’office religieux, ils se trouvèrent en présence de la plus belle après-midi de tout leur séjour à Québec à dépenser d’une façon ou d’une autre; et, suivant l’opinion du colonel, c’eût été grand dommage de la gaspiller au logis.
Ils passèrent en revue toutes les promenades des environs, et finirent par opter pour Lorette.
La famille Ellison connaissait déjà l’endroit, mais Arbuton n’y était jamais allé, et ce fut par un vague motif de politesse envers lui que Mme Ellison se prononça pour cette promenade; ce qui ne l’empêcha point, plus tard, de se demander tout haut quelle considération avait pu l’engager à faire ce choix.
Quant à Arbuton, il était agité et distrait, répondait au hasard lorsque la conversation exigeait son intervention, donnait avec impatience son assentiment à tout, et attendait avec hâte le moment du départ.
De la barrière Saint-Jean, le chemin de Lorette circule à travers les prairies et les champs d’orge, traversant et retraversant le cours rapide de la rivière Saint-Charles, pour s’élever, à Lorette, au-dessus du niveau de la citadelle.
Le chemin est plus solitaire que celui de Beauport.
Les maisons n’ont pas le même air de confort, ni l’apparence cossue des maisons de pierre de ce dernier village.
Elles n’en sont pas moins charmantes cependant, et les habitants y semblent encore plus éloignés des influences modernes.
De petites paysannes, en robes violettes, avec de larges chapeaux de paille—et non pas vêtues à la mode de l’avant-dernière année—se montraient çà et là.