Auprès d’une vieille chaumière, un vieillard coiffé du traditionnel bonnet de laine rouge de l’habitant, retombant sur l’oreille, fumait une courte pipe.
On arriva à l’Ancienne-Lorette, un petit bijou de village.
La route y est bordée à droite et à gauche de mignonnes maisons, pieusement groupées dans les environs de l’église et du cimetière.
Chacune de ces maisonnettes avait son balcon ou sa véranda d’où les gens saluaient poliment nos voyageurs.
Enfin on atteignit Lorette même, que nos amis auraient certainement reconnu pour un village indien, grâce à son aspect négligé, et à la disposition irrégulière des pauvres cabanes le long des ruelles sinueuses, quand même ils ne l’eussent pas déjà vu, et quand même ils n’y auraient pas été accueillis par une bande de petits sauvages, garçons et filles, au teint plus ou moins bronzé.
Les filles offraient en vente des mocassins et de petites aumônières ornées de rassades; les garçons avaient des arcs et des flèches, et s’égosillaient à crier:
—Tir! tir! grand tir! Des sous! nous tirons sur les sous. Grand tir!
Au moment où nos amis mettaient pied à terre en face de l’église, cette marmaille reconnut le colonel, et se remit à crier de plus belle.
—Voyons, Richard, vous n’exigerez pas que ces pauvres petits diables recommencent cette longue cérémonie, n’est-ce pas?
—Il le faut. C’est de rigueur chaque fois que je viens à Lorette; et je ne suis pas homme à négliger une formalité de cette importance.