En même temps le colonel enfonçait un sou dans le sable compact, et les flèches se mirent à bondir alentour.

Enfin le sou sauta en l’air, et un petit garçon à tête blonde et aux yeux bleus le ramassa.

Il gagna de même presque tous les autres sous que le colonel mit au jeu.

—Voilà un aborigène pur sang, remarqua le colonel; ses ancêtres ont dû venir directement de Normandie, il y a deux cents ans. Voilà pourquoi il tire de l’arc bien plus adroitement que tous ces faux sauvages couleur de café.

Ils entrèrent dans la chapelle bâtie sur l’emplacement de l’ancienne église, incendiée il y a quelques années.

Elle est petite; l’intérieur est nu et rustique, avec des ornements tout à fait ordinaires.

A droite et à gauche de l’autel, on remarquait deux statues de bois peint—celle d’un individu quelconque et celle d’un prêtre—bien humble commémoration de ceux qui ont tant souffert pour cette race condamnée à l’extinction, et dont les derniers débris s’étiolent à Lorette, dans une malpropreté et une incurable répugnance pour les mœurs civilisées.

Ils sont chrétiens à leur façon, ces descendants de la puissante nation huronne convertie par les jésuites, et écrasée par les Iroquois dans les solitudes de l’Ouest; mais quels qu’ils soient au fond du cœur, ce sont des sauvages par l’apparence, et ces petits garçons avaient des faces de loups et de renards.

Une partie des gamins suivirent les visiteurs dans l’église, où une vieille femme était seule en prière devant une image au-dessous de laquelle une main et un pied étaient suspendus en ex-voto; mais la dévotion des petits Hurons aux cheveux luisants, un peu inconstante et intéressée surtout, s’adressa plus aux étrangers qu’à la petite maison de Nazareth que deux anges dorés soutenaient au-dessus du maître-autel.

Il n’y avait en ce moment aucune cérémonie, et les visiteurs sortirent de la chapelle au milieu des clameurs des autres petits garçons restés en dehors.