Quelques jeunes filles, habillées à la moderne, se promenaient dans la rue bras dessus bras dessous, épiant du coin de l’œil l’effet produit sur les spectateurs.

De l’une des ruelles du village s’avança un individu à l’air hardiment protecteur. C’était un jeune homme aux yeux noirs et à l’épaisse moustache de même nuance, portant un petit chapeau rond, un pantalon à carreaux bleus, un gilet blanc et un veston à raies bleuâtres boutonné sur la poitrine.

Sa main jouait avec une légère badine.

—Voici le fils du chef Paul Picard, souffla le cocher; c’est un notaire.

—Excusez-moi, monsieur, dit le colonel.

Et le jeune homme salua.

—Auriez-vous la complaisance de nous dire si nous pouvons voir le chef aujourd’hui?

—Oh oui! répondit le notaire en anglais; c’est mon père qui est le chef; et vous pouvez le voir si vous voulez.

Et il passa outre d’un air suffisant.

A son arrivée à Québec, le colonel avait acheté dans un magasin d’articles de fabrique indienne la photographie d’un chef sauvage en grand costume de guerre plus ou moins authentique. On l’appelait Le dernier des Hurons, et le colonel se vengea de la courtoisie de M. Picard, en lui décernant le titre d’Avant-dernier Huron.