—Eh bien, dit Fanny, qui, comme la plupart des femmes, n’était pas fâchée de voir son mari en échec de temps en temps, je ne vois pas pourquoi vous lui avez demandé cela. Je suis bien sûre que personne ne désire revoir ce vieux chef avec son attirail de verroterie.

—Ma chère, répondit le colonel, partout où vont les Américains, ils aiment à se faire introduire à la cour. Voici M. Arbuton qui a sans doute été présenté aux têtes couronnées de l’ancien monde, et qui a grande hâte de rendre ses hommages au souverain de Lorette. D’ailleurs, je fais toujours une visite au prince régnant chaque fois que je viens ici. La froideur de l’héritier présomptif ne me rebutera pas.

Le colonel en tête, on entra dans l’une des principales ruelles du village.

Quelques-unes des cabanes étaient à peu près blanchies à la chaux, mais toutes étaient moins malpropres à l’intérieur, que le dehors n’aurait pu le faire supposer.

Des femmes et des jeunes filles assises aux portes et aux fenêtres confectionnaient des mocassins.

Çà et là une mère de famille rayonnante de santé se montrait avec un enfant dans ses bras.

Toutes avaient des indices de mélange avec la race blanche, de même que les enfants qui s’attroupaient autour des étrangers et demandaient l’aumône sur un ton aussi élevé que les Italiens.

Quelques figures seulement étaient d’un brun clair, comme si elles avaient été teintes dans le jus de noix.

Il est évident que les Hurons s’effacent, si même ils ne s’éteignent pas entièrement.

Les enfants répondaient aux plaisanteries du colonel avec un mélange de vivacité française et d’impassibilité sauvage.