De grands chiens maigres s’allongeaient près des seuils.
C’étaient là, avec les femmes et les enfants, les seuls êtres visibles. Point d’hommes nulle part.
Les maisons n’étaient pas entourées de palissades, excepté celle du chef. Cette dernière s’élevait derrière une jolie pelouse à travers laquelle au moment où nos voyageurs arrivèrent, deux toutes jeunes femmes se promenaient en robe de matin, avec des lorgnettes.
La demeure du chef était une élégante maisonnette aux murs recouverte de papiers tenture et aux planchers tapissés, avec un grand poêle dans le salon, et une table sur laquelle s’étalait cette toilette en verroterie, objet des sarcasmes de Mme Ellison.
Un homme âgé et bien pris, à l’œil noir et vif, à la figure placide et bronzée, se tenait tout près.
Il portait une tunique à moitié militaire, avec des boutons jaunes. C’était le chef Picard.
En apercevant le colonel, il sourit et lui tendit la main.
Puis il lui vendit tout ce que celui-ci désira acheter, mais comme à regret et sans insister.
Il parla des besoins de sa tribu, qui, disait-il, comptait trois cents individus, dont quelques-uns cultivaient la terre, mais dont la plupart étaient chasseurs, et passaient l’hiver dans les bois, au service des officiers de la garnison.
Il parlait l’anglais passablement, mais avec répugnance, et parut assez satisfait de voir partir ses visiteurs qui eux-mêmes ne furent pas fâchés de prendre congé de lui.