Arbuton surtout en était enchanté.
Il désirait se trouver seul avec Kitty, ce qui était impossible tant que l’on rôderait ainsi dans le village.
En repassant à travers les rues, le colonel acheta d’une petite fille un absurde porte-montre pour une douleur[C], mais il ne voulut plus consentir à ce que les gamins fissent de nouveau preuve de leur adresse à ses dépens.
—Non, pas de grand tir, cette fois, mes enfants! Allons, les amis, ajouta-t-il, en s’adressant à ses compagnons de promenade, nous avons devant nous la meilleure partie de notre après-midi, avec les chutes de Lorette; qu’allons-nous faire?
Ni Mme Ellison, ni Kitty, ni Arbuton n’en savaient rien, ce qui ne les empêcha pas de passer en flânant devant la chapelle et de se diriger vers le moulin en pierre que met en mouvement le cours pittoresque de la rivière.
Au-dessus du chemin, celle-ci se précipite en deux ou trois cascades, et s’élance éperdue sur une pente rapide en forme de croissant, pour aller cacher sa blancheur écumante sous les feuillages sombres d’un ravin profond.
C’est une merveille de gracieux mouvement, de jeux délicieux de lumière et d’ombre; un bijou de paysage qu’on dirait animé d’une vie consciente.
Sa beauté, comme celle de toutes les curiosités naturelles de ce continent, se présente sur une vaste échelle.
Les spectateurs, après l’avoir admirée, du côté du moulin, traversèrent la rivière à la recherche d’un autre point de vue, et là, le colonel et Fanny s’étant un peu écartés le long de la berge, Kitty et Arbuton se trouvèrent seuls.
La position des deux jeunes gens, vis-à-vis l’un de l’autre, était tellement indécise, que lorsqu’il s’agissait de la définir, ou même de s’en rendre compte ouvertement, il y avait d’aussi bonnes raisons pour l’affirmative que pour la négative.