Faire des compliments au sujet de cette méprise eût été inconvenant; une explication était inutile; aux excuses que la jeune fille lui balbutiait, il ne sut répondre que par un salut silencieux.

Elle se sauva dans sa cabine, et Arbuton s’éloigna, laissant nos deux sauvages regagner terre comme ils le pourraient.

Son bras croyait soutenir encore le même poids élastique; une voix semblait murmurer encore dans son oreille: “Ceux-ci sont deux amoureux désappointés, probablement.”

Enfin il trouvait le rôle qu’il avait joué dans cette affaire de plus en plus gauche et stupide; bien qu’il ne fût pas très loin de songer vaguement à la méprise de la jeune fille comme à une espèce d’empiètement sur sa personne.

La nuit tombait lorsque le bateau à vapeur toucha Tadoussac, et entra dans une anse abritée par des hauteurs sur lesquelles perchait un gracieux village s’éparpillant sur une grande route en élégantes maisonnettes d’été.

Au-dessus s’élevaient de hauts escarpements de roc et de sable nus, dont les flancs stériles laissaient percer çà et là quelques pins rachitiques et mourants.

Il avait fait froid et cru toute la journée, le bateau ayant toujours eu le cap au nord-est.

Le fleuve avait pris presque les proportions d’une mer, avec un aspect de plus en plus désolé, quelques îlots brisant par-ci par-là la monotonie de son parcours, et les rives s’abaissant de plus en plus, jusqu’aux environs de Tadoussac, où elles s’élèvent en plateaux couverts d’un épais fourré d’arbres résineux et rabougris.

Là, dans la vaste largeur légèrement encaissée du Saint-Laurent, se décharge un sombre et puissant cours d’eau, étroitement flanqué de hauts mamelons de calcaire, et dont la source se perd dans les tristes régions et les éternelles solitudes du Nord.

C’est le Saguenay.