Chaque fois qu’elle s’approchait de Kitty, cette femme dont l’œil observateur avait remarqué Arbuton auprès d’elle, lançait à la jeune fille un regard d’une insolente curiosité, avec une expression d’une si impassive froideur cependant, que, pour tout autre, elle eût paru ne pas s’apercevoir de sa présence.
Kitty frémit à la pensée d’avoir à entrer en relation avec cette personne; puis réfléchissant:
—Je suis une sotte, se dit-elle. Un homme ne peut se permettre de présenter des dames. La seule chose qu’il puisse faire, c’est de s’excuser aussitôt qu’il le pourra sans impolitesse, et de venir me rejoindre.
Car elle éprouvait une étrange impression d’isolement et d’abandon.
Quoique si brave d’ordinaire, elle se sentait tellement écrasée sous ce regard, qu’un simple coup d’œil bienveillant que lui adressa la jeune fille la fit lâchement tressaillir de reconnaissance.
Elle l’admirait, et se disait qu’elle en ferait facilement son amie, si elles se rencontraient dans des conditions égales.
Elle se demandait comment ces deux femmes se trouvaient ensemble, ne sachant pas que la société elle-même, qui ne saurait faire de distinction réelle entre la bonté et la rudesse, n’aurait aucunement pu expliquer physiologiquement l’association de ces deux individualités.
Et les trois personnes passaient et repassaient devant Kitty; et toujours la pauvre enfant se consolait en se disant tout bas:
—Il est embarrassé; il ne peut venir me retrouver si vite; mais il reviendra bien sûr.
La plus âgée des deux dames causait à haute voix de choses et d’autres, de l’été qu’elle venait de passer, des gens qu’elle avait rencontrés, de leurs habitations, de leurs yachts, de leurs chevaux, et de toutes les splendeurs de leur vie désœuvrée.