Kitty entendait avec une sensation douloureuse des fragments de cette conversation, et en saisissait parfois le sens tout entier.

La dame s’excusait avec force expressions d’argot américain d’être venue visiter un endroit aussi vulgaire que Québec, et leva les sourcils avec surprise lorsque Arbuton avoua y avoir fait un aussi long séjour.

—Ah! ah! dit-elle vivement en faisant faire halte au groupe, on ne s’arrête pas un mois dans une indolente petite ville canadienne par amour pour l’endroit seulement. Voyons, monsieur Arbuton, est-ce une Anglaise ou une Française?

Le cœur de Kitty battait rapidement, et elle se disait:

—Oh! maintenant, il va sans doute faire quelque chose.

—Ou peut-être, continua la maligne créature, est-ce quelque belle vagabonde à vous associée pour parcourir les solitudes canadiennes,—quelque jolie compagne de voyage?

Arbuton fit un mouvement comme s’il eût été ébranlé pour un instant par quelque héroïque détermination.

Il leva rapidement et à la dérobée les yeux sur Kitty, et les en détourna tout aussi promptement.

Que lui était-il donc arrivé, à elle, d’ordinaire si élégamment mise?

Hélas! fidèle à sa résolution, Kitty avait, ce matin-là, refusé de nouveau les parures de Fanny, et n’avait endossé que sa propre toilette de voyage,—la robe que Rachel avait faite pour elle, et qui avait paru si magnifique à Eriécreek, que l’oncle Jack avait été appelé pour l’admirer, lorsqu’on l’avait essayée.