Maintenant elle s’apercevait que sa toilette était campagnarde, et la tournure démodée de celle-ci la frappa.
Elle se sentit campagnarde elle-même.
—Oui, s’avoua-t-elle en rencontrant le regard d’Arbuton, je ne suis qu’une gauche paysanne à côté de cette jeune fille.
C’était injuste; mais à la vérité, ce n’était pas dans cette toilette qu’Arbuton avait rêvé de l’introduire dans son cercle, qu’il avait été assez sincère pour mépriser à cause d’elle, lorsqu’il en était éloigné.
Confronté avec le grand monde dans la personne de ces dames qui en étaient les représentantes, il ressentait sans doute, plus qu’il ne l’avait ressenti jusque-là, la grandeur de son sacrifice, la difficulté de son entreprise; et il n’aurait même pas été très étrange qu’en ce moment, la jeune fille lui eût apparu à travers ce prisme dur et froid qui masque l’œil de l’homme du monde, plutôt qu’à travers le rayonnement de l’amour qu’elle lui avait inspiré.
Elle sentit la bonne intention d’Arbuton, quelle qu’elle fût, vaciller et s’éteindre dans le regard qu’il détacha graduellement du sien.
Et elle resta là, assise, seule, pendant que les trois autres personnages passaient et repassaient devant elle, les dames effleurant ses pieds du bas de leurs robes.
—Où peuvent donc être Dick et Fanny? gémit-elle silencieusement. Pourquoi ne viennent-ils pas me délivrer de ces gens-là?
Et, immobile comme une statue, elle écoutait leur conversation qui lui semblait ne devoir jamais finir.
Leurs voix résonnaient à son oreille comme ces voix que l’on entend en rêve, et leurs éclats de rire avaient l’implacabilité d’un cauchemar.