—Oui, dit le colonel, lorsque les mêmes circonstances se présenteront, elle saura désormais à quoi s’attendre, si cela peut être une consolation.

—C’est vraiment une grande consolation, reprit Mme Ellison. Tout ce que je puis vous dire, c’est qu’on n’apprend jamais à connaître le monde trop tôt. Et si je n’avais pas un peu manœuvré de façon à les mettre en contact, Kitty serait peut-être partie avec quelque chose au fond du cœur pour lui, et jugez quel malheur c’eût été.

—Affreux!

—Et maintenant elle n’aura pas un seul regret.

—Je le souhaite, fit le colonel, sur un ton tellement abattu que le mot alla droit au cœur de sa femme plus que tous les reproches que Kitty aurait pu lui faire. Vous avez bien agi, et personne ne vous blâme, Fanny. Mais si vous pensez qu’il soit avantageux pour une jeune fille comme Kitty d’apprendre qu’un homme qui a pour lui tout ce que le monde peut donner, et qui, après tout, possède certaines qualités réelles, peut être en somme un si piètre individu, tel n’est pas mon avis, à moi. Cela peut la rendre plus sage, mais plus heureuse, non!

—O Dick, Dick, ne parlez pas si sérieusement; c’est si étrange à vous! Si c’est là votre opinion, pourquoi ne faites-vous pas quelque chose?

—Oh oui, c’est très facile! Nous savons ce qui en est réellement, nous, parce que nous connaissons Kitty mieux que personne; mais tout d’abord on est porté à croire que, vexée des civilités d’Arbuton à l’adresse de ces dames, elle s’est enfuie, et puis n’a pas voulu lui donner l’occasion de s’expliquer. Et puis en définitive que pourrais-je faire dans tous les cas?

—Vous avez raison sans doute, Dick; et je voudrais voir les choses aussi clairement que vous. Mais je pense réellement que Kitty est contente d’être sortie de cette impasse.

—Comment! tonna le colonel.

—Je pense que Kitty, en elle-même, se sent soulagée de voir que tout est fini. Mais vous n’avez pas besoin de m’étourdir.