—En outre, Fanny, continua le colonel, bien que je ne sois pas très fort en fait de religion, je crois que ces choses-là sont écrites.

—Ne blasphémez pas, colonel Ellison! s’écria la jeune femme, qui, dans la famille, représentait l’Eglise, sinon la religion. Comme si la Providence avait quelque chose à faire en matière d’amours!

—Eh bien, n’en parlons plus; mais je vous dirai que si Kitty a tourné le dos à Arbuton et aux avantages sociaux qu’il lui offrait, c’est qu’elle n’était point faite pour eux. Et si la pauvre enfant ne sait pas ce qu’elle perd, eh bien, elle aura moins à regretter. Si elle croit ne pouvoir être heureuse avec un mari qui la brusquerait et l’effraierait après l’avoir tirée de son humble condition, et qui tremblerait chaque fois qu’elle viendrait en contact avec quelqu’un de sa sphère, à lui, cela peut être une triste méprise sans doute, mais nous n’y pouvons rien. Qu’elle retourne à Eriécreek, et tâche de frayer son chemin sans lui. Elle trouvera sans doute à se faire une autre destinée.

XIV
CONCLUSION

Mme Ellison connaissait toute l’histoire de Kitty, et le lecteur la connaît aussi, moins un petit incident qui arriva le lendemain, et qui nous semble digne d’être rapporté.

La malle d’Arbuton fut transportée à l’hôtel Saint-Louis pendant la nuit, et nos amis ne revirent plus le jeune voyageur.

Quand Kitty s’éveilla le lendemain, une pluie fine et froide tombait sur les passe-roses languissantes du jardin des Ursulines, que l’automne semblait avoir frappé dans chaque feuille et dans chaque fleur.

Toute la matinée, les allées du jardin furent désertes; mais sous le porche, près des peupliers, assises la main dans la main, se tenaient la petite religieuse grassouillette avec sa pâle et fluette compagne.

Elles étaient immobiles et paraissaient silencieuses.

La pluie froide et fine tombait encore au moment où Kitty et Fanny descendaient en voiture la côte de la Montagne, se dirigeant vers l’embarcadère, où le colonel les avait précédées avec les malles, car ils quittaient Québec.