Arbuton entendit comme une secousse à la porte—probablement un dernier effort pour l’ouvrir avant de partir—puis les voix s’éteignirent vaguement dans l’obscurité.
Ces voix, il les avait bien reconnues; c’était celle de la jeune fille qui avait pris son bras, et celle de l’homme qui paraissait être son parent.
Il se blâma non seulement d’avoir prêté l’oreille à leur conversation, mais encore d’avoir désiré en entendre davantage, et résolut de les suivre, jusqu’au bateau, à une distance respectueuse. Mais eux s’arrêtèrent si fréquemment, ou lui-même avait-il tellement hâté le pas à son insu, qu’il les rejoignit à l’entrée de la ruelle ménagée entre les maisonnettes de la route. Et il ne put s’empêcher d’entendre de nouveau:
—Oui, cela peut être ancien, Kitty; mais je ne trouve pas cela fort réjouissant.
—Ce n’est pas précisément la gaieté même, je dois l’avouer.
—C’est le plus mortel endroit que j’aie vu de ma vie. N’est-ce pas une escarpolette que je vois là, en face de cette maison? Non, c’est un gibet. Tiens, il y en a partout! Je suppose que c’est pour les locataires d’été, à la fin de la saison. Quelle course au clocher pour y arriver, si par hasard le bateau partait sans les passagers!
Arbuton trouva ce genre de plaisanterie un peu trivial, et s’affermit dans sa résolution d’éviter ces gens-là.
Ils arrivèrent en vue du steamer qui, au fond de la petite baie, brillait de mille feux, laissant échapper de toutes ses portes, fenêtres et autres ouvertures, des gerbes de lumière rougeâtre.
Cet éclat contrastait vivement avec la torpeur obscure du rivage, où quelques faibles lumières perçaient çà et là, aux croisées des chaumières, ou sous le porche du magasin de village, où quelques flâneurs moroses—français ou métis—s’associaient pour tuer leurs misérables loisirs.
Au-delà du steamer bâillait le vide immense du grand fleuve, où le Saguenay s’en allait noyer son cours mélancolique.