—Je n’aime pas beaucoup à remonter à bord, dit la jeune fille. Pensez-vous qu’il y soit retourné? Je tremble de le rencontrer.

—Ne faites pas attention à lui, Kitty. Il pense sans doute que vous avez fait cela sans le vouloir. En tout cas, moi, je suis sûr que vous n’auriez jamais pris son bras si vous n’aviez pas été sous l’impression que c’était le mien.

Elle ne répondit pas, trop préoccupée par le véritable côté de la question, pour s’arrêter à cette fausse manière de l’envisager.

Arbuton, en les suivant à bord, sentit qu’il jouait le rôle odieux de trouble-fête, rôle qu’il aurait voulu éviter par tous les moyens compatibles avec sa dignité.

Il paraissait condamné à priver cette jeune fille du plaisir qu’elle devait attendre d’un voyage assez rare pour elle, suivant toute apparence.

Il aurait désiré qu’elle pensât du bien et non du mal de lui.

Et puis, au fond de tout cela, il éprouvait un certain sentiment de supériorité qu’il aurait pu traduire par ces mots: noblesse oblige. En gentilhomme, il sentait qu’il avait un devoir à remplir.

La jeune fille se mit à la recherche de sa cousine, et laissa son compagnon à la porte du salon, roulant un cigare dans ses doigts, d’une main, et de l’autre cherchant une allumette quelque part.

Il allait tourner les talons en frappant sur la poche de son gilet qu’il avait trouvée vide, lorsque Arbuton lui offrit son propre cigare en disant:

—Puis-je vous être utile, Monsieur?