Sa bonne nature alla plus loin; et lorsque sa cousine revint avec Mme Ellison, il leur présenta M. Arbuton.

Et puis, tout songeur, il s’en alla se promener sur le pont avec sa femme, sous prétexte de donner à celle-ci l’exercice qu’elle n’avait pu prendre à terre, mais en réalité pour permettre aux deux jeunes gens de vider ensemble leur petit différend.

—Je suis bien fâché, miss Ellison, dit le jeune homme, d’avoir été pour vous la cause d’une méprise, aujourd’hui.

—Et j’ai bien rougi de vous avoir rendu victime de ma maladresse, répondit la jeune fille en baissant les yeux.

Il y eut un instant de silence. Puis, comme si elle eût pu tout à coup se faire étrangère au sujet, et dégager sa personnalité de cette absurdité inextricable, elle se mit à rire presque aussi cordialement que son cousin, en disant:

—Mais c’est une des choses les plus impossibles dont j’aie entendu parler. Qu’y faire? je n’en sais rien.

—En effet, c’est embarrassant, et je ne sais trop que dire moi-même. J’aime mieux attendre, pour me fixer là-dessus, que la chose soit arrivée de nouveau.

Arbuton avait à peine laissé échapper cette phrase—assez bien tournée suivant lui—qu’il se la reprochait, tant il était loin de songer à s’aventurer dans une intrigue amoureuse.

Mais l’obscurité, l’entourage, la beauté de la jeune fille, la confiante et candide sympathie qu’elle lui manifestait par sa franchise, tout cela le troublait.

Il tâcha de se retrancher encore dans sa froideur habituelle, et finit par quelques lieux communs sur le paysage, qui devenait en réalité bien solitaire et bien sauvage, depuis que le bateau à vapeur remontait le Saguenay, laissant s’éteindre dans le lointain les quelques lumières de Tadoussac.