Avant de s’endormir, Mme Ellison voulut faire une question à son mari.

—Qu’est-ce que c’est?

—Cela vous plairait-il que Kitty épousât un Bostonien? On dit que les Bostoniens sont si froids.

—Où est le Bostonien qui a demandé Kitty en mariage?

—Comme vous êtes méchant! je ne dis pas qu’on l’ait demandée; mais si cela arrivait?

—Alors ce serait le moment d’y songer. Vous avez marié Kitty à droite et à gauche avec tous ceux qui l’ont regardée, depuis que nous avons quitté Niagara, et je me suis morfondu à prendre des renseignements sur le compte de ses nombreux maris. Maintenant je n’en ferai rien, jusqu’à ce qu’elle ait reçu quelque offre sérieuse.

—C’est cela; dépréciez votre propre cousine si vous le voulez. Je sais ce que je ferai, moi; je lui ferai porter mes plus belles toilettes. Comme c’est heureux, Richard, que nous soyons toutes deux de même taille! Je suis si contente d’avoir emmené Kitty avec nous! Si elle se mariait et s’établissait à Boston.... Mais non, j’espère qu’elle trouvera un mari pour résider à New-York.

—Allez, allez-y, ma chère! grommela le colonel Ellison, désespéré. Kitty a causé de steamboats et d’hôtels avec ce jeune homme durant vingt-cinq minutes, et naturellement il viendra demain demander mon consentement pour l’épouser, aussitôt que l’on pourra mettre la main sur un juge de paix. Mes cheveux blanchissent, et je serai chauve avant le temps; mais peu importe, pourvu que vous trouviez plaisir à vos petites hallucinations. Continuez!

II
Les petites manœuvres de Mme Ellison

Le lendemain matin, nos touristes se réveillèrent en rade dans la baie des Ha-Ha, à la limite des eaux navigables aux grands bateaux à vapeur.