Elle était bien reconnaissante au colonel Ellison et à Fanny pour toutes ces belles choses. Mais comme ceux-ci étaient en ce moment hors de vue, à la recherche de cabines, elle n’associait point leur pensée au plaisir que lui faisait éprouver cette scène matinale.

Elle regrettait plutôt l’absence d’une certaine jeune dame, leur compagne de voyage depuis Niagara, et à qui elle aurait voulu en ce moment communiquer ses impressions.

Cette personne était Mme Basil March. Et, bien que ce voyage fût son tour de noces, et qu’elle eût dû être plus absorbée par la présence de son mari, elle et Mlle Kitty s’étaient juré une amitié de sœurs, et promis de se revoir bientôt à Boston, chez Mme March elle-même.

En son absence, maintenant, Kitty songeait à l’amabilité de son amie, et se demandait si tous les habitants de Boston étaient réellement comme elle, affables, affectueux et charmants.

Dans sa lettre, elle avait prié ses cousines de dire à l’oncle Jack qu’il n’avait aucunement surfait le mérite de la population de Boston, à en juger par M. et Mme March, et que ceux-ci l’aideraient certainement à remplir ses instructions, aussitôt qu’elle serait arrivée dans cette ville.

Ces instructions sembleraient sans doute hétéroclites à qui ne saurait rien de plus concernant cet oncle Jack. Mais elles paraîtront certainement plus naturelles quand nous connaîtrons un peu mieux le personnage en question.

La famille Ellison, originaire de la Virginie occidentale, était venue se fixer dans le nord-ouest de l’Etat de New-York, le docteur Ellison—que Kitty appelait sans façon l’oncle Jack—étant trop abolitioniste pour vivre avec sûreté pour lui-même et tranquillité pour ses voisins dans un Etat où florissait l’esclavage.

Dans sa nouvelle demeure, le docteur avait vu grandir trois garçons et deux filles, auxquels, plus tard, était venue se joindre Kitty, l’unique enfant d’un frère, établi d’abord dans l’Illinois, et puis—grâce à la déveine ordinaire aux journalistes de la campagne—au Kansas, où, comme membre du Free State Party (parti de l’affranchissement) il était tombé mortellement frappé dans une bagarre de frontière.

La mère était morte quelque temps après, et le cœur du docteur Ellison s’était incliné avec tendresse sur le berceau de l’orpheline.

Elle lui était plus que chère, elle lui était sacrée comme l’enfant d’un martyr de la plus sainte des causes; et toute la famille l’entoura de son amour.