Une écharpe de couleur riante négligeamment nouée autour de son cou pour la préserver de l’air froid du matin, un ruban plus joli, un corsage plus élégant que ne portait d’ordinaire Mlle Ellison—que sais-je, moi?—un air de préparation à la bataille, frappèrent les yeux du colonel, tandis qu’une rougeur accusatrice colorait les joues de la jeune fille.
—Kitty, dit-il, vous ne vous laisserez pas traiter comme une oie, je l’espère.
—Je compte, qu’elle ne le permettra pas même à vous, rétorqua la jeune femme. Colonel Ellison, jouez le rôle que vous voudrez, mais pas celui de femmelette, et je vous en saurai gré. Je trouve qu’il n’est guère convenable pour un homme d’être toujours à remarquer la toilette des dames.
—Qui parle de toilette? demanda le colonel en se retranchant derrière les mots.
—Alors tant mieux, si vous n’en parlez point. Oui, j’aimerais bien à faire cette promenade. Nous avons du temps; le déjeuner ne sera pas près avant huit heures. Où est la voiture?
Le seul orateur anglais de la baie des Ha-Ha s’était emparé des légers pardessus des dames, et les emportait.
—Par ici! par ici! disait-il, en montrant du doigt, sur le rivage, une masse de voitures beaucoup plus nombreuses qu’on aurait pu s’y attendre dans un endroit comme la baie des Ha-Ha. J’espère que vous n’aurez pas d’objection à ce que j’emmène un autre voyageur avec vous. Il y a de la place pour tout le monde. Un voyageur qui a l’air d’un parfait gentilhomme, ajouta-t-il en se donnant de l’importance et en affectant une gracieuseté comique dont il avait sans doute hérité de ses clients anglais.
—Plus on est de fous plus on rit, répondit le colonel Ellison.
—Non, pas du tout, dit sa femme qui ne songeait aucunement au proverbe.
Son regard avait rapidement inspecté toute la rangée de véhicules, et les avait tous trouvés inoccupés, à l’exception d’un seul, où elle avait reconnu, sur les épaules de quelqu’un qui avait le dos tourné, l’irréprochable paletot d’Arbuton.