Il était au moment d’entrer en arrangement avec un petit idiot superbe, qui avait une bosse dans le dos et une loupe sur le côté de la tête, et qui était enchanté d’accepter par charité les fruits sauvages de son propre pays, lorsque la foule pressée aux alentours s’écarta doucement pour laisser passer un individu qui, après un salut élégant adressé au colonel, lui dit d’un air enjoué:

—Bonjour, Monsieur, bonjour!

—Comment vous portez-vous, demanda le colonel Ellison?

Mais l’autre, qui ne songeait qu’aux affaires, lui répondit:

—Je suis, Monsieur, le seul homme qui parle anglais dans la baie des Ha-Ha, et je viens vous offrir mon cheval et ma voiture, si vous désirez faire une promenade sur la montagne avant le déjeuner. Vous y serez aussi longtemps que vous voudrez pour la somme de trente-six sous. Je vous montrerai tout ce qui en vaut la peine dans la localité, et en particulier la magnifique vue de la baie qu’on a du haut de la montagne. C’est très beau, Monsieur, je vous assure.

L’individu débitait son anglais si couramment; il avait une paire de moustaches si triomphantes et si largement développées; il clignait l’œil gauche d’une façon si insoucieuse avec sa paupière lourde et tombante, qu’il gagnait naturellement les cœurs.

Le colonel Ellison consentit à la promenade proposée, pour lui-même et les dames de sa compagnie, et se mit tout joyeux à la recherche de celle-ci.

Il les rejoignit sur le gaillard d’arrière, en train d’admirer le paysage rustique, et

Fraîches comme un matin de la saison nouvelle.

Ce n’était pas un observateur bien particulier que le colonel; et puis il ne connaissait guère la garde-robe de sa femme, comme tout bon mari, qui, le quart d’heure de Rabelais passé, oublie immédiatement ce que sa moitié peut avoir acheté. Mais il ne put s’empêcher de s’apercevoir que certains brillants détails de costume qui s’associaient vaguement dans son souvenir avec la personne de sa femme, rehaussaient maintenant la jolie figure et les charmantes formes de sa cousine.