Il ne s’intéressait ni aux nuits hâtives, ni à la pauvreté, ni aux ours d’été de la baie des Ha-Ha.

Il était assis là, dans ce singulier salon, son chapeau sur ses genoux, dans l’attitude patiente et pleine de réserve d’un monsieur en visite.

—Il n’a pas de sentiments, se dit Kitty.

Mais c’est là un sujet sur lequel l’erreur est facile.

On pouvait plutôt dire d’Arbuton qu’il avait toujours eu de la répugnance pour tout ce qui était en dehors d’un monde très restreint, et qu’il n’était pas doué d’une vive imagination.

De plus il avait une certaine répulsion, si l’on peut s’exprimer ainsi, pour la pauvreté. Cette détresse ne le touchait pas, comme Kitty, parce qu’elle était rare et intéressante; bien que, sans aucun doute, dans un moment donné, il eût fait autant qu’elle pour venir en aide au malheur.

—Un peu trop d’autobiographie, dit-il à Kitty, en attendant avec elle, à la porte, que le Canadien eût tranquillisé son chien, qui s’exerçait toujours à chasser l’orignal en faisant d’affreux bonds au nez du cheval. La manie que ces gens ont de parler d’eux-mêmes est toujours ennuyeuse. Mais je suppose qu’il est dans l’habitude d’employer ce moyen-là pour s’attirer la sympathie des voyageurs. Vous ne pouvez plus convenablement offrir vingt-cinq sous à quelqu’un qui vous a mis ainsi dans ses confidences. Avez-vous trouvé quelque chose d’assez extraordinaire dans sa maison, miss Ellison, pour le justifier de nous y avoir conduits? demanda-t-il avec cet air qui semble vous dire: “Je sais que vous êtes de mon avis,” et qui vous choque également, que vous le soyez ou que vous ne le soyez pas.

Quant à Kitty, chaque figure qu’elle avait rencontrée dans sa promenade lui avait raconté sa pathétique histoire.

Elle était entrée par la pensée dans chaque maison de la route, rêvant aux humbles drames dont chaque foyer pouvait avoir été le théâtre.

Tout ce que leur hôte avait dit donnait forme et couleur à ce qu’elle s’était imaginé des luttes de la vie dans cette contrée, et elle se sentit blessée de voir ce froid scepticisme jeter son ombre sur les tons sympathiques du tableau qu’elle avait dans l’esprit.