—N’en parlez pas, répondit gaiement le colonel; comme breuvage du matin, rien ne vaut un verre de lait.

Ils entrèrent dans la meilleure chambre de la maison,—vaste, basse, faiblement éclairée par deux petites fenêtres, et fortifiée contre l’hiver par un énorme poële canadien en fonte.

C’était rustique, mais propre, avec un air de confort passable.

On voyait à travers la fenêtre un tout petit jardin potager autour duquel croissaient les fleurs les plus vigoureuses.

—Ces haricots-là, dit l’hôte, sont pour la soupe et le café. Mon blé-d’inde, ajouta-t-il en montrant quelques rangées de maïs nain, a échappé aux premières gelées d’août, et ainsi j’espère en avoir encore quelques épis cet été.

—Cela ne me semble pas être exactement ce qu’on pourrait appeler un climat bien attrayant, qu’en dites vous? demanda le colonel.

Le Canadien était un petit homme rude et fort en apparence, mais ce fut avec une espèce d’émotion qu’il répondit:

—Un climat cruel, Monsieur. Quand j’arrivai ici, c’était une forêt. J’y ai vécu vingt ans, et vraiment cela n’en valait pas la peine. Si c’était à recommencer, j’aimerais autant ne point vivre du tout. Je suis né à Québec, dit-il, comme pour faire comprendre qu’il était habitué aux climats tempérés, et il se mit à raconter quelques incidents de sa vie à la baie des Ha-Ha. Je voudrais continua-t-il, vous voir passer quelques temps avec moi. Je vous assure que vous ne trouveriez pas le climat si rude en été. Il y a des ours dans la forêt, dit-il au colonel, et vous pourriez en tuer un facilement.

—Mais alors, répliqua ce dernier en riant, je contribuerais à ruiner votre commerce de bêtes féroces.

Arbuton paraissait fatigué de tout cela.