—C’est certainement vrai, répondit Arbuton.
Et promenant son regard autour de lui comme pour soumettre l’ensemble de la petite église à un examen froid et impartial, en prenant pour base les règles générales du bon goût, il la trouva vulgaire.
Quand ils eurent repris leurs places dans la voiture, la conversation échut presque entièrement au colonel, qui, suivant son habitude, soutira tous les renseignements qu’il put du cocher. Il apprit que, en dépit de sa théorie, les habitants de la baie des Ha-Ha n’étaient pas tous si bons catholiques.
—En voici un, par exemple, dit le Canadien, en se désignant lui-même et en se servant d’une locution populaire qu’il avait probablement apprise de quelque voyageur américain, qui n’est pas si catholique que tout ça—pas beaucoup! Il a trop étudié pour s’occuper de religion. Il y a tout un parti chez les Canadiens-français d’ici qui sont opposés aux prêtres et en faveur de l’annexion aux Etats-Unis.
Et tout en cheminant à travers les maisonnettes en troncs d’arbres couvertes d’écorce de bouleau, il donna ample satisfaction à la curiosité du colonel sur les affaires locales, le caractère et l’histoire de ses co-villageois qu’ils rencontraient sur la route.
Il connaissait les jolies filles et les saluait par leur nom, interrompant par ces courtoisies l’espèce de conférence qu’il était en train de faire au colonel sur la manière de vivre dans la baie des Ha-Ha.
Il n’y avait qu’une seule maison en brique—qu’il avait construite lui-même, mais qu’il avait été obligé de vendre dans une saison où le commerce des bêtes fauves n’avait pas donné,—et les autres édifices descendaient dans l’échelle architecturale de degré en degré jusqu’aux pittoresques granges au toit de chaume.
Il excusait ses dernières auprès des Américains, en alléguant que ce misérable chaume était quelquefois utile pour sauver la vie des bestiaux à la fin d’un hiver rigoureux et exceptionnellement long.
—Et la population, demanda le colonel, que fait-elle pendant l’hiver pour tuer le temps?
—Nous tirons le bois de la forêt, nous fumons la pipe, et faisons la cour aux jeunes filles. Mais n’aimeriez-vous pas à visiter l’intérieur de l’une de nos maisons? Je serais heureux de vous montrer la mienne, et de vous offrir un verre du lait de mes vaches. Je regrette de ne pas avoir d’eau-de-vie, mais il est impossible de s’en procurer ici.