Il engloutissait donc avec dépit un énorme déjeuner en se laissant aller à une distraction maussade, lorsque Kitty arriva près de lui.

—J’espère, lui dit-il, que Mme Ellison va mieux.

—Oh bien mieux! ce n’est qu’une entorse.

—Une entorse peut devenir quelque chose de très désagréable, dit Arbuton, d’un ton lugubre. Miss Ellison, s’écria-t-il, je n’ai été qu’un sujet de désagrément pour vous tous depuis que je suis embarqué dans ce bateau.

—Pensez-vous que notre mauvais génie serait une expression trop forte, suggéra Kitty?

—Point du tout; ce serait plutôt un euphémisme—une basse flatterie, de fait. Donnez-moi un nom pire que celui-là.

—Je ne trouve rien. Je dois vous laisser à votre propre conscience. Il est fâcheux que notre promenade se soit terminée ainsi; elle aurait été si charmante!

Et Kitty s’encouragea de l’humeur apparente de son interlocuteur pour faire allusion à ce qui l’avait le plus intéressée pendant la matinée.

—Quel étrange petit nid que cette baie au milieu de ces montagnes à moitié glacées! Et songez donc à l’hiver, aux quinze ou vingt mois d’hiver qu’on doit subir ici tous les ans! Cette pièce de maïs échappée aux premières gelées d’août m’aurait tiré des larmes. Je suppose que c’est une espèce d’été de la Saint-Martin dont nous jouissons en ce moment, et que les froids vont commencer dans une semaine ou deux. Hier au soir, mon cousin et moi, nous prenions Tadoussac pour un endroit tranquille et retiré; mais je suis sûre que Tadoussac va nous faire l’effet d’une métropole, à notre retour. Lorsque je serai chez moi, je crains que l’agitation et le mouvement d’Eriécreek...

—Eriécreek? chez-vous? Je pensais que vous demeuriez à Milwaukee.