Mlle Ellison était douée d’une certaine confiance en elle-même mêlée d’une foi naïve en autrui, ce que Mme Isabel March avait représenté à son mari comme un charme puissant capable de gagner la sympathie de tout le monde, mais qu’il était difficile de faire parfaitement comprendre à Arbuton.

Elle devait ce charme en partie à la nature et en partie à son ignorance de la vie. C’était l’assurance jamais détrompée d’un cœur qui n’avait pas encore soupçonné chez les autres l’instinct des différences sociales, ou qui n’avait jamais songé qu’on pût le mépriser pour autre chose qu’une faute.

Si Kitty entretenait des idées aussi erronées sur les relations de la bonne société, l’oncle Jack en était le premier responsable.

Dans l’ardeur démocratique de sa révolte contre les traditions virginiennes, il avait enseigné à sa famille que cette croyance dans toute autre distinction que celle de l’intelligence et de la vertu, était une mesquine et cruelle superstition.

Il avait réussi à ancrer si profondément cette idée dans l’éducation de ses enfants, qu’elle se reflétait sur leur existence; et Kitty, quand vint son tour, en retrouva les vivants effets dans le caractère de ceux qui l’entouraient.

Le fait est qu’elle acceptait les théories extrêmes d’égalité à un degré qui enchantait son oncle, lequel, après avoir nourri et choyé ces théories durant de longues années, commençait peut-être à sentir ses convictions s’ébranler, et se trouvait heureux de pouvoir les retremper dans la foi d’autrui.

Socialement aussi bien que politiquement, Eriécreek jouissait d’une organisation démocratique presque complète, et Kitty voyait peu de chose autour d’elle qui pût contrecarrer les enseignements du docteur.

Les courtes visites qu’elle avait faites à Erié, à Buffalo, et—depuis le mariage du colonel—à Milwaukee, n’avaient pas été suffisantes pour la détromper.

Personne ne lui avait manqué d’égards, excepté certains êtres grossiers et ignorants.

Avec les gens bien élevés, elle s’imaginait toujours se trouver en communauté de sentiments et d’esprit; et elle avait fait la connaissance d’Arbuton avec d’autant plus de confiance que, étant de Boston, il devait nécessairement avoir une âme cultivée.