Mais à ces personnes, à ce genre de vie, Arbuton n’aurait rien compris, s’il les eût connus.
Sous certains rapports c’était un excellent homme, et il méritait le respect pour ses qualités.
Il était très sincère; son esprit avait beaucoup de pureté et de droiture; il était scrupuleusement juste, au meilleur de sa connaissance.
Il y avait chez lui plusieurs traits de caractère qui auraient convenu, on ne peut mieux, à la carrière qu’il avait d’abord eu l’intention d’embrasser, car il avait fait des études préliminaires de théologie.
Mais, au dire de ceux qui ne l’aimaient pas, c’était justement la noblesse de ses croyances qui l’avait détourné de cette vocation; on prétendait qu’il n’aurait jamais pu frayer avec la plèbe des élus.
—Arbuton, disait un jeune homme joufflu que l’on considérait comme le loustic de la classe, Arbuton pense qu’il y a des personnes de basse extraction dans le ciel, et il ne peut se faire à cette idée-là.
Arbuton n’aimait pas ce gouailleur, ni aucun de ses compagnons d’études, trop pauvres pour porter des gants ou suivre la mode; leurs pensions et logements mesquins, ainsi que leur manière de vivre des legs pieux et des bontés du voisinage, offensaient ses instincts aristocratiques.
—Aussi il y renonce, n’est-ce pas? dit le même plaisant en apprenant son départ de l’école. Si Arbuton eût pu être un apôtre accrédité par Dieu lui-même auprès de la meilleure société, tenu de sauver seulement des âmes bien alliées, bien élevées et appartenant à d’anciennes familles, il aurait pu embrasser l’état ecclésiastique.
Cela était un peu exagéré, sans être entièrement inexact. Il y avait longtemps qu’Arbuton avait abandonné l’idée de se faire pasteur; et depuis il avait voyagé, il avait fait son droit, il était devenu un homme de société et de cercles; mais il conservait encore certains des traits caractéristiques qui avaient failli déterminer sa vocation.
D’un autre côté il était resté imbu des préjugés qui passaient pour l’en avoir détourné. Il était exclusif par instinct et par éducation.