Kitty, ayant les mêmes dispositions naturelles, commença dès l’enfance à prendre part à ces innocentes représailles, et à envisager la vie à travers le même prisme de gaieté.

Cependant elle se rappelait un certain visiteur abolitioniste sur qui personne n’avait jamais osé plaisanter, mais que tout le monde, au contraire, traitait avec déférence et respect.

C’était un vieillard au front haut, étroit et orné d’une touffe de cheveux gris, rude et épaisse, qui la regardait par-dessous ses sourcils en broussailles avec une flamme bleue dans le regard, qui l’avait prise un soir sur ses genoux, et lui avait chanté: Sonnez, trompettes, sonnez!

L’oncle et lui avaient parlé d’un certain endroit mystérieux et très-éloigné, qu’ils appelaient Boston, en tels termes que l’imagination de l’enfant se représenta ce lieu, comme étant à bien peu de chose près, aussi sacré que Jérusalem, et comme la patrie de tout ce qu’il y avait d’hommes nobles et bons, en dehors de la Palestine.

Le fait est que Boston avait toujours été le faible du docteur Ellison.

Au début du grand mouvement anti-esclavagiste, il avait échangé des lettres—correspondu, suivant son expression—avec John Quincy Adams, au sujet du meurtre de Lovejoy. Puis il avait rencontré plusieurs Bostoniens à la convention du Sol Libre, tenue à Buffalo, en 1848.

—Un peu formalistes, un peu réservés, disait il, mais d’excellents hommes polis, et certainement de principes irréprochables.

Cela faisait rire les garçons et les filles, à mesure qu’ils vieillissaient, et souvent provoquait chez eux certaines parodies, fort chargées, de ces formalités bostoniennes à l’adresse de leur père.

Les années s’écoulèrent.

Les garçons partirent pour l’Ouest; et lorsque la guerre de Sécession se déclara, ils prirent du service dans les régiments de l’Iowa et du Wisconsin.