Un beau jour, la proclamation du Président, affranchissant les esclaves, arriva à Eriécreek.

Dick et Bob s’y trouvaient en congé d’absence.

Après avoir laissé le docteur Ellison donner libre cours à sa joie, Bob s’écria:

—Eh bien, voilà un terrible coup pour le docteur! Qu’allez-vous faire maintenant, père? L’esclavage, les esclaves fugitifs et tous leurs charmes envolés pour jamais, tout vous est arraché d’un seul coup. Voilà qui est rude, n’est-ce pas? Plus d’hommes ni de frères! Plus d’oligarchie sans âme! Triste perspective, père!

—Oh! non, insinua l’une des jeunes filles, il reste encore Boston.

—Mais, en effet, s’écria Dick, le Président n’a pas aboli Boston. Vivez pour Boston!

Et depuis lors le docteur vécut en réalité pour un Boston idéal—du moins en autant qu’il s’agit d’un projet jamais abandonné, jamais accompli, de faire quelque jour une visite à la métropole du Massachusetts.

Mais en attendant, il y avait autre chose. Et comme la proclamation lui avait donné une patrie enfin digne de lui, il voulait faire honneur à celle-ci en en étudiant les antiquités.

Dans sa jeunesse, avant que son esprit se tournât si énergiquement vers la question de l’esclavage, il avait déjà un goût assez prononcé pour les mystérieuses constructions préhistoriques de l’Ohio. Et chacun de ses garçons retourna au camp avec instruction de prendre note de chaque particularité pouvant jeter quelque lumière sur cet intéressant sujet.

Ils auraient d’amples loisirs pour leurs recherches, puisque la proclamation, insistait le docteur Ellison, mettait virtuellement fin à la guerre.