Les côtes émergent perpendiculairement de l’eau; et, si elles sont coupées par quelque étroit ravin, ce n’est que pour montrer à l’œil des solitudes plus tristes encore.
Dans une des gorges, on voit une scierie mécanique, entourée de misérables cabanes, avec un chemin désert qu’on aperçoit à peine du bateau, et qui serpente dans la vallée, jusqu’à des régions auxquelles la dévastation de la forêt donne une apparence encore plus abandonnée.
Çà et là une île abrupte comme les rives, brisant la monotone horreur de la rivière par des massifs de rocs couverts de sombres sapins, se dressait devant eux, comme pour leur défendre la sortie de ces eaux lugubres, au-dessus desquelles aucun oiseau ne voltigeait, et qu’on aurait pu croire évitées même des poissons.
Mme Ellison, le pied confortablement, et non sans grâce, appuyé sur un tabouret, n’était pas assez souffrante pour ne pas feuilleter de temps en temps un des guides, dont le colonel avait fait une abondante provision, et qu’elle paraissait vouloir chicaner sérieusement pour toute description entachée d’exagération.
—Il dit ici que l’eau du Saguenay est aussi noire que de l’encre. Croyez-vous cela, Richard?
—Elle paraît l’être.
—Oui, mais si vous en preniez dans votre main?
—Peut-être ne serait-elle pas aussi noire que l’encre de Maynard et Noyes, mais elle le serait assez pour n’importe quelle fin pratique.
—Il se peut, suggéra Kitty, que le guide veuille parler de cette espèce d’encre d’un bleu clair d’abord, et “qui noircit quand on l’expose à l’air,” comme dit l’étiquette.
—Qu’en pensez-vous, monsieur Arbuton? demanda Mme Ellison, avec persistance.