—Vraiment je ne sais pas, répondit Arbuton, qui trouvait ce sujet de conversation fort trivial; je n’en sais rien du tout. Je n’en ai pas pris dans ma main.

—C’est vrai, reprit Mme Ellison avec gravité, et d’un ton de reproche à l’adresse des autres qui n’avaient pas songé à une si simple solution du problème. C’est très vrai.

Le colonel la regarda en face d’un air d’ahurissement bien joué.

—J’espère que l’entorse ne se fait pas sentir au cerveau, Fanny, fit-il en laissant Arbuton seul avec les dames.

Mme Ellison s’occupait peu de ce sarcasme ou d’un autre, pourvu qu’elle parvînt à ses fins; et puisqu’elle avait réussi à faire rire tout le monde, et donné une tournure plus gaie à la conversation, elle était aussi heureuse que si elle ne s’était pas offerte elle-même en holocauste à la cause de l’amusement général.

Elle était en effet à la hauteur de tous les dévouements pour réussir dans son entreprise, et non seulement elle aurait donné à Kitty tout ce qu’elle possédait au monde, mais elle se serait sacrifiée tout entière pour faire triompher ses desseins sur Arbuton.

Elle se remit à parcourir son guide, et laissa les deux jeunes gens causer gaîment et sans interruption.

Ils devinrent sérieux d’abord, comme il arrive presque toujours après un joyeux accès d’hilarité,—ce qui, quand on y songe, a quelquefois son côté étrange et triste.

En outre, Kitty était un peu embarrassée par cette atmosphère de froideur qui semblait régner autour d’Arbuton, tout en ayant l’esprit charmé par l’apparence soignée, les manières parfaites et les airs de grand monde de ce jeune homme si différent de ce à quoi elle avait été habituée jusque-là.

C’était un de ces individus dont la perfection vous fait sentir comme coupable de je ne sais quoi, quand vous les rencontrez, et dont le salut vous fait trouver votre honnête bonjour insignifiant et presque grossier.