Le souvenir de ses jours de collège, de ses jours de jeunesse où il ne craignait point de manier l’aviron et de jouer à la balle, se réveilla chez lui.

Il saisit un galet, pendant que Kitty ouvrait de grands yeux et le regardait muette de surprise; puis, en un tour de bras, il lança la pierre. Celle-ci alla frapper le rocher avec un choc à briser toutes les fenêtres du quartier le plus exclusivement aristocratique de Boston; et notre ami se laissa aller sans gêne à la joie de son bruyant triomphe.

Il semblait avoir secoué pour un instant le joug de ses habitudes, mis de côté les liens de ses allégeances sociales, foulé aux pieds les conventions qu’il avait chéries et respectées toute sa vie.

Dans cet accès de frénésie enthousiaste, il se soupçonna capable de serrer la main de l’Anglais vulgaire à la casquette de Glengary, et d’inviter à la buvette tous les passagers dans l’admiration.

Ceux-ci avaient jeté un cri d’applaudissement au tour de force d’Arbuton, et pour la première fois celui-ci but à la coupe de la popularité.

Naturellement la réaction devait se faire, et elle devait être d’une vigueur correspondante.

Un instant après, Arbuton haïssait tous ses compagnons de voyage, et plus que les autres le colonel Ellison qui l’avait le plus chaudement félicité.

Pendant un moment, il le considéra comme le type de la vulgarité la plus agressive et la plus importune.

Mais il ne pouvait donner cours à ses impressions peu amicales, et puis comme il n’est pas facile de revenir sur des concessions, il se trouva dans l’impossibilité de réparer la brèche faite à sa défensive.

Le hasard lui avait été hostile dès le début; pourquoi ne pas donner hardiment la main au sort pour la courte demi-journée qui restait encore à passer en société de ces gens-là?