Question à laquelle il ne savait trop que répondre, n’ayant jamais, au meilleur de sa connaissance, commis un acte ridicule de sa vie, et encore moins tenu une conduite comme celle de cette pauvre désappointée.

A Cacouna, où le bateau s’arrêta pour prendre les équipages de quelques excursionnistes retournant dans leurs foyers, la jetée présentait un labyrinthe de voitures de toute sorte et de toute grandeur; et les nombreux chevaux, recouverts de housses et de couvertures aux brillantes couleurs, émaillaient pittoresquement la foule qui s’humectait et fumait sous la pluie lente et fine.

Toutes les trois minutes, un cheval de trait, se frayait un chemin dans cette cohue avec une ennuyeuse régularité, enlevant avec lenteur de lourds paniers de charbon d’une goélette qu’on déchargeait, et la foule se refermait chaque fois par derrière lui, aussi compacte que si l’on eût cru ne jamais revoir ce cheval avant la fin du monde.

Il y avait là des oisifs, dames et messieurs, sous des parapluies, des sauvages et des habitants recevant l’ondée impassiblement, immobiles ou haussant les épaules, et aussi deux ou trois abbés, types de curés qu’on aurait crus empruntés tout d’une pièce à quelque fastidieux roman anglais.

Ces derniers conversaient à demi-voix, la main à l’oreille pour entendre la réponse des dames passagères penchées sur le plat-bord et bâillant à leur tour sans plus s’occuper de l’humidité que si la chose leur eût été complètement inconnue.

Pendant ce temps-là, la vapeur sifflait en s’échappant des soupapes, et l’équipage aidait silencieusement les cochers à embarquer les voitures.

Avec les carrosses, ce n’était qu’une question de muscles, mais pour les chevaux il fallait de l’habileté.

L’un d’eux n’avait pas plus tôt mis le pied sur la passerelle qu’il reculait obstinément sur une masse de spectateurs patients, entraînant dans sa retraite une demi-douzaine de cochers et de matelots.

Alors on lui ramenait sa housse sur les yeux, on le promenait un peu sur le quai, et on le reconduisait à la passerelle, qu’il reconnaissait en la touchant du sabot.

Il reculait, se cabrait, devenait ombrageux, faisait tout ce qu’un cheval rétif a l’habitude de se permettre, jusqu’à ce qu’enfin, un groom sur le dos, un groupe de matelots à la bride, tendrement embrassé de toutes parts par les cochers, on réussît à le pousser ainsi à bord par des moyens moitié affectueux, moitié humiliants pour lui.