Les Canadiens ne paraissaient pas trouver cela amusant; ils regardaient la chose sérieusement, comme une cérémonie de rigueur. Arbuton, de son côté, ne faisait aucuns commentaires.

Mais à la première embrassade que les cochers donnèrent au cheval:

—Ah! pauvre frère longtemps perdu! dit le colonel avec distraction.

Kitty se mit à rire; puis, à mesure qu’on parvenait à vaincre les scrupules d’un des chevaux, elle aidait à donner quelque interprétation burlesque à chaque scène de la comédie, pendant qu’Arbuton se tenait debout près d’elle, l’abritant sous son parapluie.

Une pointe de malice avertissait intérieurement la jeune fille que son compagnon jugeait ces plaisanteries, et surtout la part qu’elle y prenait, très défavorablement.

Cela donnait la saveur du fruit défendu à ses folichonneries, saveur mêlée de crainte cependant, car sa tournure d’esprit taquine n’était pas dominatrice, mais au contraire se laissait aisément contrôler par l’humeur d’autrui.

Elle se dit bientôt qu’elle n’aurait pas dû rire des plaisanteries de Dick, et encore moins y prendre part.

Elle avait terriblement peur d’avoir commis quelque inconvenance; ce qui la rendit pensive et silencieuse pendant la promenade distraite qu’elle fit après le souper.

Après cette promenade, elle alla s’asseoir en songeant avec une certaine perplexité à ce qui s’était passé pendant cette journée, qui lui parut longue.

L’Anglais aux habits râpés arpentait le salon avec sa femme et sa sœur. Bientôt ils vinrent s’asseoir près de la table, en face de Kitty.