La femme âgée, avec une familiarité polie, lui adressa quelques lieux communs, et tous quatre se mirent à converser vivement; car Kitty avait fort bien accueilli cette avance de la part de personnes qui avaient déjà piqué sa curiosité.

Le monde était si neuf pour elle, qu’elle trouvait certain plaisir à connaître de près ces gens de théâtre, bien qu’elle dût s’avouer bientôt que leur conversation n’était ni spirituelle ni très sérieuse, et que ce qu’ils avaient de plus intéressant était leur bonne nature.

Le colonel se tenait assis près de la table un journal à la main; Mme Ellison s’était retirée; Kitty commençait à trouver ses nouvelles connaissances assez ennuyeuses, et cherchait un prétexte pour s’en débarrasser, lorsqu’elle aperçut Arbuton traversant le salon comme pour venir à son aide.

Il la cherchait, c’était évident; mais elle le vit réprimer un mouvement involontaire pour s’approcher d’elle, et il passa rapidement près de leur groupe sans y jeter un coup d’œil.

—Brrr!... fit la blonde anglaise en ramenant son châle de tricot sur ses épaules, voilà ce qui s’appelle du froid!

Et elle et ses amis se mirent à rire.

—Mon Dieu! pensa Kitty, je ne les croyais pas si impolis. Je regrette d’avoir à vous dire bonsoir, ajouta-t-elle tout haut, un moment après, et elle s’éclipsa, plus troublée que personne à bord.

Elle les entendit rire encore après sa disparition.

IV
Une inspiration d’Arbuton

Le lendemain matin, à son réveil, Arbuton s’aperçut qu’un temps clair avait remplacé le brouillard de la nuit.