Une forte brise soufflait; le large fleuve roulait des vagues qui faisaient tanguer le steamer, et de temps en temps frappaient violemment sa proue en jetant l’embrun de leurs crêtes écumantes à la figure des promeneurs du gaillard d’avant.
Le soleil, à travers les trouées des nuages, lançait d’immenses et splendides jets de lumière sur les villages et les fermes qui émaillaient la surface unie du paysage, ainsi que sur la cime et dans le creux des lames.
L’air frais apporta une certaine gaieté dans l’esprit méfiant du jeune voyageur.
Involontairement il chercha des yeux ces personnes avec lesquelles il s’était promis de n’avoir rien à démêler, afin de pouvoir en appeler aux sentiments sympathiques de l’une d’elles au moins, dans l’émotion que lui faisait éprouver cette admirable matinée.
Mais un grand nombre de passagers s’étaient embarqués pendant la nuit à la Malbaie, où la courte saison d’été tirait à sa fin, et la famille Ellison était perdue dans la foule.
Au déjeuner, il s’aperçut que quelqu’un s’était emparé de sa place, et personne ne fit attention à lui, lorsqu’il passa tout près, à la recherche d’un autre siège.
Kitty et le colonel déjeunaient seuls, et semblaient préoccupés.
Au sortir de table, Arbuton s’approcha d’eux et s’informa de Mme Ellison, qui avait pris sa part de presque tous les amusements de la journée précédente, se transportant de ci de là en boitant avec élégance, et qui—suivant l’expression de son mari—n’avait certainement point retardé les repas.
—Ma foi, dit le colonel, j’ai peur que son pied ne soit plus mal ce matin, et qu’il ne nous faille passer au moins quelques jours à Québec.
Arbuton accueillit cette triste nouvelle avec une apparence de gaieté assez inexplicable chez quelqu’un qui n’était pas étranger au malheur de Mme Ellison.