Il s’était de cette manière enrichi d’une foule de connaissances utiles; sans compter qu’il était très fort pour découper des extraits de journaux contenant des faits instructifs qu’il conservait fidèlement au fond de sa mémoire.
Il avait déjà certaines notions sur l’histoire de la localité, et ses récentes conversations avec le docteur Ellison avaient encore rafraîchi et raffermi ses souvenirs.
En outre, dans le cours du présent voyage, il s’était muni, grâce aux lectures que sa femme et sa cousine avaient faites dans les guides des voyageurs, d’un stock de noms et de dates qu’il désirait beaucoup, avec leur aide, rattacher aux véritables localités.
—Lectures légères pour les heures de loisir, Fanny, dit Kitty en jetant un coup d’œil oblique sur le bagage littéraire du colonel, au moment où elle s’asseyait auprès de sa cousine, après dîner.
—Oui; et surtout commencez par le commencement, Mesdames. Commencez par Jacques Cartier, ancien navigateur de Saint-Malo, en l’année 1534. Point de partialité dans vos recherches; n’abordez point Champlain ni Montcalm prématurément; ne vous égarez pas dans des conquêtes subséquentes ou des détails secondaires. Tenez-vous-en à la découverte du pays et aux noms de Jacques Cartier et de Donacona. Allons, faites quelque chose pour gagner honnêtement votre existence.
—Qu’est-ce que c’est que Donacona? demanda Mme Ellison d’un ton indifférent.
—Voilà justement ce que ces charmants petits livres vont vous apprendre. Kitty, lisez à notre malade quelque chose sur Donacona;—on dirait un nom irlandais, ajouta le colonel en se laissant aller dans un fauteuil.
Kitty prit un petit abrégé de l’histoire de Québec, et en l’ouvrant, tomba dans cette absorption d’esprit qui la saisissait chaque fois qu’elle mettait la main sur un livre; et elle se prit à lire quelques pages à voix basse.
—Mais, ma parole! dit le colonel, j’aimerais autant lire l’histoire de Donacona moi-même, pour le bénéfice qui m’en revient!
—Oh! Dick, j’oubliais. Je ne faisais que jeter un coup d’œil. Attention, je commence.