—Ne vous semble-t-il pas que c’est faire beaucoup de bruit pour quelqu’un, un simple passant, une connaissance d’un jour? dit le colonel. Allez donc avec Donacona, allez!
Au même instant quelqu’un frappa à la porte. Kitty, toute nerveuse, bondit sur ses pieds et s’enfuit hors de la chambre. Mais ce n’était que la petite bonne française qui avait quelque affaire, et qui ne resta qu’un instant.
—Eh bien, que pensez-vous de ceci maintenant? demanda Mme Ellison.
—Ma foi, je pense que vous savez joliment le français pour quelqu’un qui ne l’a étudié qu’à l’école. Croyez-vous qu’elle vous ait comprise.
—Il s’agit bien de cela! Vous savez que je veux parler de Kitty et de son étrange conduite. Richard, si vous me regardez d’un air aussi stupide, je finirai certainement dans un asile d’aliénés. Vous ne pouvez donc pas voir ce qui vous crève les yeux!
—Sans doute, Fanny, répondit le colonel; mais toujours faut-il qu’il y ait quelque chose. Je vous en donne ma parole, je ne sais pas plus que les millions d’enfants à naître sur quelle piste vous marchez.
Le colonel prit le livre que Kitty avait laissé tomber, et se retira dans sa chambre pour essayer de lire l’histoire de Donacona pour lui-même, pendant que sa femme, toute confuse, s’emparait d’une brochure française achetée avec le reste.
—Après tout, pensa-t-elle, les hommes sont des hommes.
Et elle trouva que cette réflexion n’était pas tout à fait dénuée de consolation.
Quelques minutes après, on entendait un murmure de voix, en dehors, dans une fenêtre du garde-manger, donnant sur le jardin du couvent, où Arbuton, en descendant de sa mansarde, avait trouvé Kitty debout, sa gracieuse silhouette se découpant sur la toiture réverbérescente du monastère, et sur la verdure de quelques plantes domestiques, hauts géraniums, lierre s’arrondissant en voûte, et rosiers délicats.