Elle s’était arrêtée là en passant de l’appartement de Fanny au sien, et regardait dans le jardin, où deux religieuses allaient et venaient silencieusement dans les allées, laissant voir, tantôt leur dos où de lourds voiles de deuil pendaient sur leurs robes noires, et tantôt leurs figures calmes et rigides comme des masques, dans leur encadrement de toile blanche et empesée.
Parfois elles s’approchaient si près qu’on pouvait distinguer leurs traits, et Kitty croyait y voir une expression qu’elle saurait reconnaître plus tard.
Comme elle s’oubliait elle-même, en prêtant dans son imagination un caractère particulier à chacune d’elles, Arbuton lui adressa la parole en se plaçant à ses côtés.
—C’est véritablement une bonne aubaine pour nous, miss Ellison, dit-il, que d’avoir cette petite scène d’opéra sous nos fenêtres.
Et il se mit à sourire en entendant Kitty lui répondre:
—Oui? est-ce vraiment comme un opéra? Je n’en ai jamais vu, d’opéra, mais ce doit être bien beau.
Ils regardèrent un moment en silence, pendant que les deux nonnes, se glissant comme des ombres, s’en allaient en laissant le jardin vide.
Alors Arbuton dit quelque chose à Kitty qui répondit simplement:
—Je vais voir si ma cousine n’a pas besoin de moi.
Un instant après, elle se tenait un peu rougissante auprès du canapé de Mme Ellison.