—Vraiment? répondit Kitty joyeusement; je me l’imaginais.
Et elle ajouta avec ce ton confiant qui lui était personnel:
—Tout cela m’est très familier; il me semble que dans ce voyage, je vois une foule de choses que je connaissais déjà par mes lectures.
Et Arbuton se mit à passer les tableaux en revue.
En fait d’art, Kitty était aussi ignorante que n’importe quelle jeune fille de Rome ou de Florence, qui passe sa vie au milieu des chefs-d’œuvre.
Pour elle c’étaient de merveilleuses peintures, et elle était toute surprise des appréciations d’Arbuton, qui n’avait pas assez d’imagination ou qui était trop consciencieux pour leur attribuer un mérite résultant seulement des souvenirs évoqués.
Il traitait les médiocres tableaux d’autels de la cathédrale de Québec avec cette froide indifférence qu’il aurait accordée à des toiles de second ordre dans une galerie européenne; révoquait en doute l’authenticité du Van Dyck, et n’aimait guère la Conception, copie de Le Brun, au-dessus du maître-autel, bien que cette peinture eût l’intérêt historique d’avoir échappé au bombardement de 1759 qui détruisit la cathédrale.
Kitty choisit naïvement le plus mauvais tableau de l’église pour son favori, et fut d’abord piquée, puis effrayée de la froide désapprobation manifestée par son compagnon.
Celui-ci lui fit sentir que ce tableau était très mauvais, et qu’elle-même partageait cette infériorité, et cela sans pourtant lui avoir rien dit de semblable.
En compagnie d’un connaisseur, elle comprit ce que son incompétence avait d’humiliant pour elle, et ce fut avec un nouveau chagrin qu’elle constata combien un habitant de Boston, ayant beaucoup vu l’Europe, devait se trouver dépaysé avec une Américaine naïve n’ayant jamais voyagé.