Kitty s’était levée, mais d’un geste suppliant Mme Ellison la fit rasseoir.
—Ne partez pas, Kitty; je suis loin d’avoir fini. Il faut que vous me disiez encore quelque chose. Vous m’avez trop bien fait venir l’eau à la bouche. Je suis sûre que vos promenades ne sont pas toujours aussi désagréables. Vous en êtes souvent revenue enchantée. De quoi causez-vous généralement? Voyons, donnez-moi quelques détails pour une fois.
—Ma foi, il se présente toujours quelque chose, vous savez. Et pourtant il arrive aussi que nous ne causons pas du tout, pour la raison que je n’aime à dire ni ce que je pense ni ce que je ressens, de crainte que ma pensée ou mes sentiments ne soient trouvés vulgaires. Il s’ensuit que M. Arbuton lui-même est quelquefois une entrave à la conversation. Il vous ferait douter s’il n’y a pas quelque chose de trop commun dans la respiration ou dans la circulation du sang, et s’il ne serait pas de bon ton d’arrêter cela.
—Enfantillages, Kitty! Il est bien cultivé, n’est-ce pas? Ne parlez-vous pas littérature ensemble? Il a tout lu, je suppose.
—Oh oui, il est assez au courant.
—Que voulez-vous dire?
—Rien. Seulement il me semble parfois que, s’il a lu, ce n’est pas par goût, mais parce qu’il devait cela à sa dignité. Je puis me tromper, mais il me semble qu’un poème délicat soumis à sa froide dissection doive perdre pour lui la moitié de son charme et de sa douceur—si je puis me permettre ce langage un peu fleuri.
—Mais Kitty, ne le trouvez-vous pas distingué? Je suis certaine qu’il l’est beaucoup, moi.
—Il est excessivement particulier. Mais je ne pense pas qu’il soit bien sensible à notre opinion là-dessus. Son propre suffrage lui suffit.
—Il est toujours attentif, n’est-ce pas?