—Je croyais que nous parlions de sa tournure d’esprit, Fanny. Il vaudrait mieux, ce me semble, laisser ses manières de côté, répondit Kitty avec malice.
—Mais, Kitty, reprit Mme Ellison en se donnant l’air d’argumenter, il doit y avoir quelque relation entre son esprit et ses manières.
—Probablement; mais il y en a peu entre ses manières et son cœur. Ses manières n’ont pas l’air de venir de lui; elles paraissent plutôt avoir été empruntées. Il est parfaitement élevé, et neuf fois sur dix, il est d’une si exquise politesse que c’en est merveilleux; mais la dixième fois, il vous dira quelque chose de si offensant, que vous aurez peine à en croire vos oreilles.
—De sorte qu’il vous plaît neuf fois sur dix.
—Je n’ai pas dit cela. Mais, au moins cette dixième fois, sa bonne éducation est en défaut, et alors il semble n’avoir rien dans sa nature qui le rachète. Cependant, vous pouvez être certaine que, s’il savait avoir été désagréable, il en serait fâché.
—Mais dans ce cas, Kitty, comment pouvez-vous dire qu’il n’y a point de rapport entre son cœur et ses manières? Ce fait seul prouve qu’elles lui viennent du cœur. Au moins soyez logique, Kitty, dit Mme Ellison, pendant que ses nerfs ajoutaient sotto voce: puisque vous êtes si abominablement agaçante!
—Oh! reprit la jeune fille avec cette espèce de ricanement qui signifie qu’après tout il y a peu matière à rire; je n’ai pas voulu dire qu’il en serait fâché pour les autres; cela pourrait être, mais à coup sûr il en serait fâché pour lui-même. Il en est de sa politesse comme de ses lectures; il paraît considérer comme se devant à lui-même, en sa qualité de gentilhomme, de bien traiter les autres; et s’il le fait, ce n’est pas du tout parce qu’il s’occupe d’eux: il ne voudrait pas manquer sur ce point, voilà tout.
—Mais Kitty, est-ce que cela ne devrait pas être mis à son crédit?
—Peut-être; je ne dis pas. Si j’avais un peu plus vu le monde, j’admirerais peut-être cela; mais à l’heure qu’il est, vous savez....
Ici le rire de Kitty devint un peu plus naturel, et contrefaisant comiquement l’air et le ton d’Arbuton: