—Je ne puis, ajouta-t-elle, me défendre de trouver cela un peu.... vulgaire.

Mme Ellison ne pouvait pas se rendre compte jusqu’à quel point Kitty était sérieuse dans ce qu’elle disait.

Elle respira longuement une ou deux fois pour se donner contenance, se releva à moitié, déchargea son ressentiment sur l’oreiller du canapé, et reprenant possession d’elle-même:

—Ma foi, Kitty, je ne sais trop que penser de tout cela, dit-elle avec un soupir.

—Rien ne nous oblige d’en penser quoi que ce soit, Fanny; et cela peut à la rigueur nous servir de consolation, reprit Kitty.

Il se fit un silence pendant lequel la jeune fille repassa dans son esprit toutes les circonstances de sa liaison avec Arbuton, circonstances que cette conversation n’avait guère présentées sous des couleurs plus claires et plus attrayantes.

Ces relations avaient commencé comme un roman; leur côté poétique avait séduit son imagination sinon son cœur; et maintenant elle se sentait isolée et étrangère en présence du jeune homme.

Elle n’avait aucun droit de s’attendre à autre chose, même sous l’empire d’un sentiment profond; mais lorsqu’elle s’avouait avec une sincérité moitié triste et moitié plaisante, qu’elle avait espéré et tacitement demandé trop, elle se plaignait doucement elle-même, avec une espèce de compassion désintéressée, comme s’il se fût agi d’une autre jeune fille dont le rêve du cœur aurait été brisé.

Hélas! ce rêve envolé entraînait la perte d’un autre idéal.

Elle s’apercevait qu’il s’était graduellement formé dans son esprit une image de Boston bien différente du lieu que son enfance avait béni, de la ville sacrée des héros et des martyrs anti-esclavagistes, et bien différente aussi du joyeux, aimable et sympathique Boston de M. et Mme March.