Mistress Rawdon Crawley, qui va jouer dans la charade, s'approche de mistress Winkworth et lui fait compliment du goût exquis et de la beauté de son costume.

Bientôt commence la seconde partie. La scène est toujours en Orient. (Hassan a quitté son costume du Levant pour l'habit d'Europe. Il est dans la salle auprès de Zuleika dans une attitude qui témoigne de la bonne intelligence qui règne entre eux, et quant à Kislar-Aga, il s'est transformé en un esclave noir des plus pacifiques.) Nous voici maintenant dans le désert, le soleil se lève et les Turcs se tournent du côté de l'Orient et impriment leur front sur le sable. Comme on n'a pu se procurer de dromadaire, l'orchestre tourne victorieusement la difficulté en jouant l'ouverture de la Caravane. Sur la scène est une énorme tête égyptienne; à la grande surprise des voyageurs, elle fait entendre une certaine harmonie; elle chante des chansons comiques de la composition de M. Wagg. Les voyageurs orientaux disparaissent en formant une sarabande.

«Seconde et dernière partie, deux syllabes,» cria la tête égyptienne.

Enfin la toile se lève de nouveau et le dernier acte commence. Cette fois le théâtre représente une tente grecque. Sur un lit est étendu un vaillant guerrier. Au-dessus de sa tête sont accrochés son casque et son bouclier: ils peuvent se reposer maintenant: Ilion est détruit, Iphigénie immolée, Cassandre prisonnière dans le palais. Le pasteur des peuples, représenté par le colonel Crawley, qui n'a jamais su de sa vie ce que c'était que la prise d'Ilion et la captivité de Cassandre, ronfle sur son lit à Argos. Une lampe suspendue au plafond projette sur le guerrier assoupi ses clartés vacillantes; l'épée et le bouclier renvoient aussi une lueur lugubre; l'orchestre joue le terrible morceau de l'opéra de Don Juan au moment de l'entrée du commandeur.

Égisthe, la figure pâle et bouleversée, arrive sur la pointe des pieds. Quelle est cette sinistre apparition qui suit ses mouvements à travers les ténèbres et semble le tenir sous sa funeste influence? Égisthe lève le bras pour frapper la noble victime qui présente à ses coups homicides sa poitrine à découvert; il va frapper, mais non, sa main n'ose s'abaisser sur le roi des rois, sur le vainqueur d'Ilion. Clytemnestre alors se glisse dans la chambre comme un fantôme, ses bras sont d'une blancheur éblouissante, ses longs cheveux flottent en désordre sur ses épaules, sa figure est couverte d'une pâleur mortelle, ses yeux jettent un éclat sinistre et terrible qui fait tressaillir tous ceux qui la regardent.

Un frisson glacial a parcouru tous les assistants.

«Mon Dieu! dit-on tout bas, c'est mistress Rawdon Crawley.»

Avec un geste de mépris sublime, elle arrache le poignard aux mains d'Égisthe, s'avance vers le lit, et aux reflets de la lampe on voit le poignard levé sur la tête du guerrier qui sommeille; la lampe s'éteint alors, un gémissement inarticulé se fait entendre, un silence de mort règne sur la scène.

L'obscurité mêlée à la terreur de cette scène a vivement impressionné le public. Rebecca a joué son rôle avec une vérité si effrayante que les spectateurs restent comme frappés de stupeur à leur place jusqu'au moment où les lampes se rallument au milieu des applaudissements partis de tous les points de la salle.

«Brava! brava! crie le vieux Steyne d'une voix stridente qui domine toutes les autres. Morbleu! murmurait-il entre ses dents, elle aurait bien été capable de jouer le rôle au sérieux.»