Pendant que cette lettre s'élaborait, le domestique du capitaine était de retour de sa commission à la maison du colonel; mais il ne rapportait ni le sac de nuit ni le porte-manteau qu'on l'avait envoyé chercher, et sa figure exprimait une stupéfaction comique.

«Ils ne veulent rien donner, dit-il alors; la maison est au pillage, ils ont tout mis sens dessus dessous; le propriétaire veut retenir tous les effets pour sa garantie. Les domestiques boivent le vin dans le salon; et on dit que.... que vous êtes parti en emportant l'argenterie, colonel.» Puis, après une pause, il ajouta: «Il y a déjà un domestique qui a disparu. Simpson, qui a l'air fort excité par la boisson, crie bien fort que rien ne sortira de la maison qu'on ne lui ait payé ses gages.»

Le récit de cette petite insurrection domestique surprit Rawdon, et le fit sourire par la diversion qu'elle apportait à ses tristes préoccupations. Les deux officiers s'amusèrent beaucoup de cet orage qui s'élevait autour des débris de cette fortune renversée.

«Je suis bien aise au moins que le petit ne soit plus chez moi, dit Rawdon en se rongeant les ongles. Vous le rappelez-vous, Mac, lorsqu'il venait au manége et qu'on lui faisait monter le sauteur? comme il se tenait bien dessus!

—C'est vrai qu'il avait un petit air crâne,» reprit l'excellent capitaine.

Le petit Rawdon se trouvait pour le moment dans la chapelle de Whitefriars, au milieu d'une rangée de petits garçons en robe comme lui; et certes il n'écoutait pas le sermon avec grande attention; mais il pensait bien plutôt à sa sortie du samedi suivant, calculant que son père viendrait le chercher comme d'habitude et le mènerait peut-être au spectacle.

«Ce sera un fameux gaillard que ce garçon-là, continua Rawdon en pensant toujours à son fils. Vous me promettez, Mac, que, si cela tourne mal pour moi, si j'y laisse ma peau, je puis compter que.... que vous irez le voir, n'est-ce pas? Ah! je puis dire que j'aimais bien cet enfant-là. Que voulez-vous, mon pauvre vieux! Tenez, vous lui donnerez ces boutons d'or de ma part, c'est tout ce qui me reste.»

Il se couvrit la face de ses deux larges mains, et les larmes en tombant sur ses joues y traçaient un sillon brûlant. M. Macmurdo, que l'émotion gagnait aussi, ôta son foulard de soie et s'en servit pour essuyer ses yeux.

«Descendez et faites-nous préparer à déjeuner, dit-il à son domestique. Que voulez-vous, Crawley? des oignons et des sardines? Commandez. Clay, vous allez donner des habits au colonel; nous avons toujours été tous les deux de la même taille. Mon vieux Rawdon, il n'y avait pas d'aussi fins cavaliers que nous, lorsque nous sommes entrés au régiment.»

Macmurdo se tourna alors contre le mur, et, reprenant la lecture de son journal, laissa Rawdon à sa toilette, pour commencer la sienne lorsque son ami aurait terminé.