—Et ces dettes dont on parle, et cette assurance sur votre vie?

—Je pensais que.... je lui devais un petit présent.... dans le cas où il m'arriverait quelque malheur. Et puis, vous le savez, j'ai une santé si délicate.... c'est une affaire de reconnaissance. Mon intention est de vous laisser toute ma fortune. Il m'est bien permis d'économiser ce placement sur mon revenu,» continuait le beau-frère de William, trop faible pour secouer les chaînes qui pesaient sur lui.

Le colonel insista auprès de Jos pour qu'il se débarrassât de ce joug, pour qu'il retournât dans les Indes, où certainement mistress Crawley ne le suivrait pas, pour qu'il rompît enfin une liaison qui pourrait avoir pour lui les plus funestes résultats.

Joseph, se tordant les mains, s'écriait qu'il ne demandait pas mieux que de retourner dans les Indes, que de faire tout ce qu'on voudrait; seulement il lui fallait le temps, et surtout n'en rien dire à mistress Crawley.

«Elle me tuerait, si elle savait cela, ajoutait l'infortuné; ah! vous ne savez pas quelle terrible femme elle fait!

—Eh bien! venez avec moi,» lui répondit Dobbin.

Jos ne s'en sentait pas le courage. Il promit de revoir Dobbin le lendemain matin, jurant de ne point parler de leur entrevue. Et maintenant Dobbin n'avait plus qu'à se dépêcher de partir, car Rebecca pouvait revenir. Dobbin, en quittant Jos, s'en alla rempli des plus tristes pressentiments.

Il ne revit plus Joseph. Trois mois après, M. Sedley mourait à Aix-la-Chapelle. Toute sa fortune se trouvait compromise dans de fâcheuses spéculations, et n'était plus représentée que par des effets sans valeur provenant de mille entreprises fort hasardeuses. En fait de valeurs réelles, il ne restait que les deux mille livres sterling sur lesquelles sa vie était assurée et qui devaient être également partagées entre sa chère sœur Amélia, femme de.... etc., et l'amie qui l'avait soigné avec un dévouement si exemplaire pendant sa maladie, Rebecca, femme du lieutenant-colonel Crawley, chevalier du Bain; et il la désignait pour exécutrice de ses dernières volontés.

Le conseil de la compagnie d'assurance jura qu'aucune affaire ne lui avait paru aussi louche que celle-là. Il parla d'envoyer à Aix une commission pour examiner les circonstances de la mort, et la compagnie se refusa aux versements qu'elle devait faire d'après ses conventions. Mais mistress, ou plutôt lady Crawley, car elle se faisait appeler ainsi, se rendit elle-même à Londres, s'entendit avec les hommes d'affaires et somma la compagnie de remplir ses engagements, et, après avoir été déclarant partout qu'elle était victime d'infâmes intrigues qui l'avaient poursuivie toute sa vie, elle finit par triompher. Les sommes furent payées, sa réputation sortit intacte de cette épreuve. Mais le colonel Dobbin lui renvoya la part qui revenait à sa femme et ne voulut avoir aucune espèce de rapports avec Rebecca.

Malgré sa persistance à se faire appeler lady, elle n'eut jamais aucun droit à ce titre. S. Ex. le colonel Rawdon mourut de la fièvre jaune à Coventry-Island, généralement regretté de tous les habitants de son île. Sir Pitt était mort six semaines auparavant, et, par suite de ce décès, comme il ne laissait pas d'héritier mâle, les biens de la famille passèrent au jeune Rawdon Crawley, aujourd'hui baronnet.