—Jane! s'écria la comtesse, je vous défends de prendre la plume et d'écrire.

—Je prétends être maître ici, reprit à son tour sir Pitt, et malgré le regret mortel que j'aurais à voir Votre Seigneurie quitter ce logis, je suis décidé, ne vous en déplaise, à y régner à ma guise et d'après mes inspirations personnelles.»

Lady Southdown, se laissant emporter à un sublime mouvement d'indignation, demanda sa voiture et ses chevaux. Condamnée à l'exil par son gendre et par sa fille, elle allait cacher ses chagrins dans quelque lieu solitaire et ignoré, et prier le ciel de les faire revenir à résipiscence.

«Nous ne voulons nullement votre exil, chère maman, dit la timide Jane d'une voix suppliante.

—C'est bien m'exiler que d'ouvrir cette maison à une société que ne peut souffrir une femme qui possède quelques sentiments orthodoxes. Demain matin, je pars dans ma voiture.

—Vous allez me faire le plaisir d'écrire sous ma dictée, Jane,» lui dit sir Pitt se levant; et il prit cette attitude d'autorité familière aux portraits d'exposition. Écrivez:

«Crawley-la-Reine, 14 septembre 1822.
«Mon cher frère.»

En entendant ces paroles retentir à ses oreilles comme un arrêt décisif et terrible, lady Southdown, qui avait compté sur quelque faiblesse ou quelque hésitation de la part de son gendre, se leva sur-le-champ et quitta le cabinet dans le paroxysme de l'agitation. Lady Jane regarda son mari comme pour lui demander la permission de suivre sa mère afin de la consoler; mais Pitt la retint du regard.

«Rassurez-vous, elle restera; sa maison est louée à Brighton; plus de la moitié de son revenu est dépensé d'avance, et une comtesse qui vit à l'auberge est une femme déconsidérée. Il y avait longtemps, ma chère amie, que j'attendais l'occasion de frapper ce coup nécessaire; et maintenant, si vous voulez bien, nous allons reprendre notre dictée:

«Mon cher frère,