Elle voulut s'assurer par elle-même que rien ne manquait dans la chambre de sir Pitt, que les domestiques avaient eu soin d'y porter ses paquets; enfin elle y vint elle-même avec le seau à charbon à la main. Le feu flambait déjà dans la cheminée. On avait installé Pitt dans la chambre de miss Briggs, qui était allée prendre ses quartiers à l'étage supérieur.

—J'étais sûre que vous ne pourriez me refuser de venir ici, lui disait-elle avec des yeux rayonnant de plaisir.

Et, en effet, elle était ravie de pouvoir lui donner l'hospitalité chez elle. Becky s'arrangea de manière à ce que Rawdon fût obligé d'aller prendre deux ou trois fois ses dîners dehors. C'était pour le baronnet de délicieuses soirées que celles qu'il passait dans le tête-à-tête avec Becky et avec Briggs. Becky surveillait elle-même la cuisine et la confection des plats qui avaient la préférence de son cher beau-frère.

—Comment trouvez-vous ce salmis? lui disait-elle; je l'ai fait moi-même à votre intention. Je sais encore bien d'autres friandises, et ce sera pour quand vous viendrez encore me faire visite.

—Tout ce que vous touchez devient parfait entre vos mains, disait le galant baronnet, et ce salmis est des meilleurs.

—Quand on est à la tête d'un pauvre ménage, reprenait alors Rebecca avec une pointe de bonne humeur, on doit chercher tous les moyens de se rendre utile.»

À quoi son beau-frère répondait alors qu'elle aurait été digne d'épouser un empereur, et que cette habileté dans les soins domestiques était assurément des plus précieuses chez une femme.

Sir Pitt était naturellement porté à faire, à part lui, une comparaison fâcheuse entre sa belle-sœur et sa femme; il ne pouvait oublier une certaine pâtisserie que lady Jane lui avait servie à dîner et qui était la plus détestable chose dont il eût jamais goûté.

Pour assaisonner le salmis fait avec les faisans de lord Steyne, Becky servit à son beau-frère une bouteille de petit vin blanc que Rawdon lui avait apporté de France et qu'il s'était procuré pour rien, à ce que disait celle qui le versait. Ce vin, en effet, provenait des fameuses caves du marquis de Steyne, et il ramena bien vite la chaleur aux joues glacées du baronnet et ranima les forces de cette débile créature.

Lorsque la bouteille fut vidée, Becky prit son beau-frère par la main pour le conduire dans le salon. Après l'avoir fait asseoir sur le sofa, au coin du feu, elle eut l'air de prendre le plus grand intérêt aux tirades qu'il se mit à lui débiter. Quant à elle, pendant ce temps, assise à côté de lui, elle ourlait une chemise pour son cher petit garçon. Mistress Rawdon ne manquait jamais de tirer cette chemise de sa boîte à ouvrage toutes les fois qu'elle voulait se donner une contenance humble et vertueuse. Le petit Rawdon était devenu trop grand pour cette chemise longtemps avant qu'elle fût terminée.