Nous fûmes obligés de rentrer à pied, par une pluie battante, et nous n’arrivâmes chez nous qu’à deux heures du matin. Mary, qui n’avait pas trempé dans la conspiration, se jeta dans les bras de sa sœur, tandis qu’Altamont jurait et menaçait de me chasser, pour avoir tourné à gauche au lieu de prendre à droite. Ils nous avaient attendus près d’une heure avant de se décider à revenir seuls, disait-il.
J’ignore si cette aventure eut pour effet d’éclairer miss Betsy sur les véritables sentiments de mon maître. Dans tous les cas, comme notre thé était excellent et que nous avions toujours une ample provision de gâteaux ou de sandwiches, ses visites furent aussi fréquentes que par le passé.
II
QUEL EST DONC CE MYSTÈRE ?
— Quels sont les moyens d’existence de mon maître ? Quelle est sa profession ? S’il vit de ses rentes, pourquoi ces absences quotidiennes et régulières ? me demandais-je sur tous les tons.
J’avais beau m’interroger, j’avais beau l’espionner : M. Frédéric Altamont restait l’homme le plus impénétrable du monde.
Un matin, craignant qu’il ne s’enrhumât, je lui dis, avec ma politesse habituelle :
— Il va pleuvoir aujourd’hui ; monsieur veut-il que le tilbury aille le prendre à son bureau ?
Au lieu de me remercier de l’intérêt que je prenais à sa santé, il me pria de me mêler de mes affaires.
Une autre fois, — le jour même où miss Betsy avait reçu le soufflet en question, — j’entendis Mary qui demandait à mon maître :
— Cher Frédéric (ils en étaient déjà là), pourquoi ce mystère ? Pourquoi me cacher quelque chose ?