Le lendemain jeudi (mon maître n’avait fait la connaissance de Dakins que le mardi), le jeune étudiant nous donna donc à dîner. On se mit à table à sept heures ; à onze heures on commença à jouer. Je devinai que cette fois la partie allait devenir sérieuse, car on nous envoya coucher dès que nous eûmes servi le souper. Vendredi matin, je descendis à l’heure habituelle. Cinqpoints n’était pas rentré. Vers midi, il vint faire un peu de toilette et retourna chez Dakins, après avoir commandé des grillades et de l’eau de Seltz.
On servit le dîner à sept heures ; mais personne ne paraissait avoir le moindre appétit, car la plupart des plats nous revinrent intacts. Cependant les convives demandèrent encore du vin ; ils avaient vidé près de deux douzaines de bouteilles depuis la veille.
Vers onze heures du soir, mon maître rentra chez lui. Il trébuchait, il chantait, il riait ; je crois même qu’il essaya de danser. En un mot, il paraissait ivre. Il finit par se jeter tout habillé sur son lit, après m’avoir lancé une poignée de menue monnaie. Je lui ôtai ses bottes et ses vêtements, puis je l’abandonnai à ses réflexions.
Dès que je l’eus mis à son aise, je fis ce que doit faire tout bon domestique ; je vidai ses poches et j’examinai les papiers qu’elles renfermaient. C’est là une précaution que je ne saurais trop recommander à mes confrères… dans l’intérêt de leurs maîtres, cela va sans dire.
Je découvris, entre autres choses, le document que voici :
I. O. U.
Quatre mille sept cents livres sterling.
Thomas Dakins.
Vendredi, 13 janvier.
Cela voulait dire : « Je vous dois cent dix-sept mille cinq cents francs. »
Ce chiffon sans prétention était aussi valable qu’un billet de banque, car Blewitt avait eu soin de prévenir Dakins que Cinqpoints, fort chatouilleux sur le point d’honneur, avait tué en duel deux joueurs assez malhonnêtes pour refuser de payer une dette de jeu.